Charles d’Orléans (1394 – 1465)
Rondeaux
En yver, du feu, du feu !
Et en esté, boire, boire !
C’est de quoy on fait memoire,
Quant on vient en aucun lieu.
Ce n’est ne bourde, ne jeu,
Qui mon conseil vouldra croire :
En yver, du feu, du feu !
Et en esté, boire, boire !
Chaulx morceaulx faiz de bon queu
Fault en froit temps, voire, voire ;
En chault, froide pomme ou poire
C’est l’ordonnance de Dieu :
En yver, du feu, du feu !
En hiver, du feu, du feu !
Et en été, boire, boire !
C’est de quoi on parle
Quand on arrive en tout lieu
Ce n’est ni une blague ni un jeu
Pour qui voudra croire mon conseil
En hiver, du feu, du feu !
Et en été, boire, boire !
De chauds morceaux, par un bon cuisinier,
Il faut par temps froid, vrai, vrai ;
S’il fait chaud, fraîche, une pomme ou une poire
C’est la volonté de Dieu :
En hiver, du feu, du feu !

Et si le prince Charles m’y autorise, j’ajouterai : de la poésie en toute saison…
Le prince Charles d’Orléans fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt. Il passa vingt-cinq ans de sa vie, otage en Angleterre, où il composa l’essentiel de son œuvre, une œuvre considérable faite surtout de ballades et de rondeaux. Lorsqu’il revint en son château de Blois, il se consacra à la littérature, animant des cercles de beaux esprits, organisant des concours de poésie.
Lui et François Villon se sont connus, brièvement : Charles pratiquait parfois la disgrâce…