Ponce-Denis Ecouchard-Lebrun (1729 – 1807)
Je ne suis point esprit, je ne suis point matière.
Tout Mortel me fait naître, et je n’existe pas.
Je me joue à mon gré de la Nature entière ;
Je fais la nuit sans ombre et le jour sans lumière.
On me suit au Japon sans en être plus las.
J’épouvante, je plais, j’élève, j’humilie.
Sans raison je suis sage, et suis fou sans folie.
Un Amant, grâce à moi, même au lit d’un Epoux,
Caresse sa Moitié sans le rendre jaloux.
Je sais l’art d’adoucir la Beauté la plus rude.
Je mets un Capucin dans les bras d’une Prude.
Par mes caprices inconstants,
De Frédéric vainqueur je ferais un esclave.
Je fais coucher un Pape au Sérail des Sultans ;
Le Mufti, quand je veux, va siéger au Conclave.
Je puis enfin, sans être factieux,
Ravir à Louis sa Couronne,
Les Grâces à d’Egmont, la Pudeur à Brionne ;
Et par un sort capricieux
Placer un Goujat sur le Trône,
Un Dévot dans l’Enfer, un Vaurien dans les Cieux.

Avez-vous résolu l’énigme ?
Qui fait siéger un Mufti au Conclave ?
Qui est ce personnage mystérieux ?
…
C’est le rêve…