Evariste de Parny (1783 – 1814)
Chansons madécasses (1787)
Nahandove, ô belle Nahandove ! l’oiseau nocturne a commencé ses cris, la pleine lune brille sur ma tête, et la rosée naissante humecte mes cheveux. Voici l’heure : qui peut t’arrêter, Nahandove, ô belle Nahandove ? Le lit de feuilles est préparé ; je l’ai parsemé de fleurs et d’herbes odoriférantes, il est digne de tes charmes, Nahandove, ô belle Nahandove !
Elle vient. J’ai reconnu la respiration précipitée que donne une marche rapide ; j’entends le froissement de la pagne qui l’enveloppe : c’est elle, c’est Nahandove, la belle Nahandove !
Reprends haleine, ma jeune amie ; repose-toi sur mes genoux. Que ton regard est enchanteur ! que le mouvement de ton sein est vif et délicieux sous la main qui le presse ! Tu souris, Nahandove, ô belle Nahandove !
Tes baisers pénètrent jusqu’à l’âme ; tes caresses brûlent tous mes sens : arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de volupté, Nahandove, ô belle Nahandove ?
Le plaisir passe comme un éclair ; ta douce haleine s’affaiblit, tes yeux humides se referment, ta tête se penche mollement, et tes transports s’éteignent dans la langueur. Jamais tu ne fus si belle, Nahandove, ô belle Nahandove !
Que le sommeil est délicieux dans les bras d’une maitresse ! moins délicieux pourtant que le réveil. Tu pars, et je vais languir dans les regrets et les désirs ; je languirai jusqu’au soir ; tu reviendras ce soir, Nahandove, ô belle Nahandove !

Parny fut très populaire au XVIIIe siècle. Il s’était fait connaître par un recueil de poèmes érotiques (1778), qui apportait un peu d’air frais et de liberté dans la poésie très conventionnelle de l’époque.
« Nahandove » est également un poème érotique figurant dans le recueil « Chansons madécasses », où Parny s’affirme comme un précurseur de l’anticolonialisme.
Rythmées par l’épiphore incantatoire « Nahandove, ô belle Nahandove », les six strophes du poème nous conduisent avec sensualité de l’attente de l’amante jusqu’à son départ, au seuil d’une nouvelle attente.