Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859)
Poésies inédites (1860)
Les enfants sont venus vous demander des roses ;
Il faut leur en donner
– Mais les petits ingrats détruisent toutes choses…
– Il faut leur pardonner.
Tout printemps est leur fête, et tout jardin leur table ;
Qu’ils prennent à loisir !
Ils nous devront du moins, souvenir délectable!
D’avoir eu du plaisir.
Demain nous glanerons les roses répandues,
Trésor du jardin vert ;
Ces haleines d’été ne seront pas perdues
Pour embaumer l’hiver.
Ouvrez-donc aux enfants qui demandent des roses :
Il faut leur en donner ;
Et si l’instinct les pousse à briser toutes choses,
Il faut leur pardonner !

Ce poème est un dialogue : Marceline, la poétesse, commence : « Il faut donner des roses aux enfants ». Son interlocuteur lui répond : « ça va pas, non ? Ils cassent tout, ces petits voyous! »
Et cela devient très intéressant… Marceline entremêle deux métaphores :
La première : l’enfance est comparée à un jardin rempli de roses (citées trois fois).
La deuxième : la vie est une succession de saisons. Du printemps de l’enfance à l’hiver du grand âge, cet hiver où nous aurons plaisir à nous souvenir du parfum des beaux jours.
Il faut noter le mot « haleine ». Chez Marceline Desbordes-Valmore, poétesse très catholique, il signifie souvent « âme » : c’est que notre rôle d’adultes est de nourrir l’âme des enfants ! Comment ? Il faut donner, ouvrir, pardonner, et les enfants doivent prendre, saisir, utiliser…
L’auteur alterne les vers longs (12 pieds, des alexandrins) et courts (6 pieds). Les messages importants sont dans les vers courts, pour qu’on les retienne bien : « Qu’ils prennent à loisir ! », « Il faut leur pardonner ! »
La dernière strophe est le miroir de la première. Elle conclut en donnant la bonne interprétation des gestes de l’enfant :
« L’ingratitude » supposée de l’enfant, mauvaise interprétation (première strophe), serait une attitude volontaire et inconvenante, à réprimer.
« L’instinct », bonne interprétation (dernière strophe), est une attitude naturelle que l’enfant apprend à dominer au cours de son éducation.
Ce n’est pas un poème, c’est une fiche pédagogique !
Ô Marceline, Marceline, si bonne, si aimante et si talentueuse ! Vous êtes la poétesse romantique de la famille ! Est-il possible que nous ayons failli vous oublier ?