Gérard de Nerval (1808 – 1855)
Odelettes (1834)
En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.
Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, –
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !
On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »
Pauvre Gérard de Nerval, atteint de crises de folie, glissant petit à petit vers une misère matérielle et morale, suicidé à 47 ans…
Avec Théophile Gautier et Victor Hugo, il fait partie des initiateurs du mouvement romantique. Le recueil « Odelettes », d’où est extrait « le relais » est une œuvre de jeunesse, plaisante et gaie.
A l’époque, les voyages n’étaient pas une mince affaire. Il fallait quatre épuisantes journées pour rallier Paris à Lyon, en roulant de jour et de nuit. Les diligences étaient très inconfortables, s’arrêtaient tous les quinze ou vingt kilomètres pour changer les chevaux, comme dans ce relais de poste dont nous parle Gérard de Nerval.
On sent à la fin de la première strophe, grâce aux chocs de l’allitération des « d », et de l’assonance en « ou », combien les voyageurs sont hébétés, abrutis, assommés par les cahots du voyage.
L’aventure commence au relais, quand on se glisse « entre deux maisons », vers la nature. Nous sommes au mois de juin : les foins sentent bon, les lilas sont fleuris. Quel plaisir de se coucher dans l’herbe !…
Mais ça ne dure pas. « En voiture, messieurs ! » (et les dames ?)
Vive le TGV !