Paul Fort (1872 – 1960)
Cantilènes et ballades (1909)
Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage !
C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.
Il n’y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage
Il n’y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.
Mais toujours il était content, menant les gars du village,
A travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.
Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.
C’est alors qu’il était content, eux derrière et lui devant.
Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu’il était si sage,
Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.
Il est mort sans voir le beau temps, qu’il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps ni derrière ni devant.

Douanier Rousseau – « La carriole du père Juniet » (1908)
Paul Fort a su exprimer les joies simples de la vie, la nature, les amours et l’Amour, les émotions, parfois tristes mais surtout joyeuses… C’est le poète du bonheur… Il avait des mots simples, les accents de tout le monde et de tous les jours.
Il était le poète préféré de Georges Brassens, qui nous a fait connaître de nombreux textes de lui, dont « la complainte du petit cheval blanc », une de ses chansons les plus connues.
Ah ! Bien sûr, ce n’est pas l’œuvre la plus gaie de Paul Fort !
La gaîté est pourtant présente : le petit cheval est blanc, il est « content », il mène les « gars du village », il a une « belle petite queue sauvage »… Il est tellement vivant, tellement pétillant que c’est la voiture qui le suit, et non lui qui la tire !
Mais la gaîté du petit cheval se heurte à la dureté des éléments : « mauvais temps », « jamais de beau temps », « jamais de printemps », « pluie noire »… Et il succombe, il succombe tragiquement : Paul fort insiste sur cette tragédie, par son anaphore « il est mort » à la fin du poème.
Ce petit cheval, comment a-t-il pu rester plein d’entrain malgré l’adversité ? Grâce à son courage, cité à la première et à la dernière strophe.
Et c’est parce qu’il était joyeux, sage et courageux que nous avons tant de peine…
Mais pourquoi les poètes donnent-ils si souvent aux chevaux un destin si dramatique ?