Verlaine – Impression fausse

Paul Verlaine (1844-1896)
Parallèlement (1889)

Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu’à vos amours.
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four,
Un nuage passe.
Tiens le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !




« Impression fausse » a été publié en 1889, mais écrit bien avant : en 1873. Verlaine et Rimbaud se sont violemment disputés, Verlaine a tiré deux coups de pistolet sur son amant et l’a blessé. Il vient d’arriver au dépôt, là où on enferme les prisonniers en attendant la décision du juge…

La première et la dernière strophe se répondent. La première est grise et noire : c’est le soir, la tristesse, le moral en berne. La dernière est colorée, gaie et enjouée : c’est la lumière qui revient. Dans les deux, une souris trotte, une souris libre…

Dans les quatre strophes intermédiaires, les prisonniers passent la nuit, de la réalité au rêve, du rêve sombre au rêve d’espoir, de l’amour à la solitude, de l’obscurité à la lumière. Des vers se répètent, comme se répètent leurs pensées où roulent toujours les mêmes phrases, les mêmes idées…

Cependant, Verlaine n’est pas vraiment triste, un peu morose sans doute, mais surtout paisible, calme, reposé. C’est qu’il a besoin de quiétude, après ces mois de débauche et de tumulte auprès de Rimbaud. Ce poème exprime déjà ce besoin de sérénité et de fraîcheur, comme tous ceux qui vont suivre (« le ciel est par dessus le toit, si bleu, si calme »…).

Il reste deux ans en prison (jusqu’en 1875), en sort catholique, mystique, apaisé… et se remet bientôt à boire… jusqu’à la déchéance… Pauvre Lelian…

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