Jules Renard (1864-1910)
Histoires naturelles (1894)
Félix ne comprend pas qu’on tienne des oiseaux prisonniers dans une cage.
– De même, dit-il, que c’est un crime de cueillir une fleur, et, personnellement, je ne veux la respirer que sur sa tige, de même les oiseaux sont faits pour voler.
Cependant il achète une cage ; il l’accroche à sa fenêtre. Il y dépose un nid d’ouate, une soucoupe de graines, une tasse d’eau pure et renouvelable. Il y suspend une balançoire et une petite glace.
Et comme on l’interroge avec surprise :
– Je me félicite de ma générosité, dit-il, chaque fois que je regarde cette cage. Je pourrais y mettre un oiseau et je la laisse vide. Si je voulais, telle grive brune, tel bouvreuil pimpant, qui sautille, ou tel autre de nos petits oiseaux variés serait esclave. Mais grâce à moi, l’un d’eux au moins reste libre. C’est toujours ça.
Avec « Histoires naturelles », Jules Renard nous offre un recueil de textes rafraîchissants sur une nature hospitalière, rassurante, souriante.
Ce n’est pas de la poésie à proprement parler, mais oui, il y a de la poésie là-dedans.
« La cage sans oiseaux » est une historiette qui fait penser à Jacques Prévert dans « Pour faire le portrait d’un oiseau ».
On y lit, sous une autre forme, le respect et la bienveillance que nous devrions tous adopter pour notre grande mère nourricière.
C’est toujours ça.