Segalen – Les mauvais artisans

Victor Segalen (1878 – 1919)
Stèles (1912)


Ce sont, dans les vingt-huit maisons du Ciel ; la Navette étoilée qui jamais n’a tissé de soie ;

Le Taureau constellé, corde au cou, et qui ne peut traîner sa voiture ;

Le Filet myriadaire si bien fait pour coiffer les lièvres et qui n’en prend jamais ;

Le Van qui ne vanne pas ; la Cuiller sans usage même pour mesurer l’huile !

Et le peuple des artisans terrestres accuse les célestes d’imposture et de nullité.

Le poète dit : ils rayonnent.




La stèle des « mauvais artisans » est, dans le recueil de Victor Segalen, classée dans les « stèles du bord du chemin » : elle est un jalon sur la route, elle informe le voyageur.

Pour Segalen, elle donne un sujet de méditation sur le chemin de la vie.

Les « vingt-huit maisons du ciel » sont bien entendu les constellations de l’astrologie chinoise, elles-mêmes divisées en une multitude d’« astérismes », des regroupements d’étoiles remarquables. Parmi ceux-ci, certains sont des objets ou des êtres de la vie quotidienne (navette, taureau, filet, van, cuiller).

Le poète, mauvais artisan, ne sait ni tisser, ni mesurer l’huile, mais il trouve une utilité aux objets célestes : ils illuminent notre esprit…

Et le poète de Segalen vole encore plus haut que l’albatros de Baudelaire !

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