Jean Richepin (1849 – 1926)
La chanson des gueux (1881)
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien froid.
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! ils vous écoutent !
S’il fait chaud là-dedans,
Bonnes gens,
Il fait froid sur la route.
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim.
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! il faut qu’ils entrent !
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux n’ont rien dans le ventre.
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont sommeil.
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! leur faut la grange
Vous dormez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux, les yeux leur démangent.
Ouvrez la porte
Aux petiots qu’ont un briquet.
Les petiots grincent des dents.
Ohé ! les durs d’oreille !
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille !

Hâbleur, provocateur, truculent, exalté, contempteur des conventions sociales, Jean Richepin a été surnommé le « Lucrèce de foire »… Ce qui ne l’empêchera pas de siéger à l’Académie Française et de mourir couvert d’honneurs !
Mais il n’a jamais failli dans la défense des laissés pour compte.
Ce poème-chanson est révélateur de sa pensée… autrement plus révoltée que « les Effarés » de Rimbaud, son contemporain.