Tristan Corbière (1845 – 1875)
Les Amours jaunes (1873)
Pompeïa-station — Vésuve, est-ce encor toi ?
Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,
— Du bon temps où la foi transportait la montagne —
Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi :
Tu te détachais noir, sur un fond transparent,
Et la lampe grillait les feux de ton cratère.
C’était le confesseur, dit-on, de ma grand’mère
Qui t’avait rapporté de Rome tout flambant…
Plus grand, je te revis à l’Opéra-Comique.
— Rôle jadis créé par toi : Le Dernier Jour
De Pompéï. — Ton feu s’en allait en musique,
On te soufflait ton rôle, et… tu ne fis qu’un four.
— Nous nous sommes revus : devant-de-cheminée,
À Marseille, en congé, sans musique, et sans feu :
Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée
Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.
— Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne !
Je te rends ta visite, exprès, à la campagne.
Le Vrai Vésuve est toi, puisqu’on m’a fait cent francs !
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais les autres petits étaient plus ressemblants.

C’est un poème pour rire, pour rire de bon cœur, pour une fois…
Notre poète arrive à la gare de chemin de fer de Pompéi. A peine descendu sur le quai, il lève le nez, et que voit-il ? Le Vésuve ! Le voilà tout étonné, lui qui était venu visiter des ruines…
Il connaît le Vésuve : il l’a déjà rencontré trois fois !
La première fois à Morlaix, où il est né. Un prêtre en avait rapporté une image sur un abat-jour d’Italie ; ainsi donc : « la foi [avait transporté] la montagne ». Le Vésuve était tout noir sur l’abat-jour, pas fichu de brûler lui-même : il fallait la petite lampe, derrière, pour singer le cratère. Dérisoire !
Tristan, qui a vécu à Paris, l’a revu sur un rideau de scène. Le Vésuve y joue son propre rôle, mais sans gloire : son feu s’éparpille en musique, il faut souffler sur ses braises, et son cratère devient un « four ».
Et c’est du vécu ! « Les derniers jours de Pompéi » est un opéra du compositeur Victorin de Joncières, joué au Théâtre Lyrique de Paris le 21 septembre 1869. Effectivement, ça n’a fait qu’un « four » !
La troisième rencontre a eu lieu à Marseille, sur un « devant-de-cheminée ». On imagine le dessin naïf décrit par Tristan : le cône du Vésuve, bleu sur le fond rose du soleil levant, qui se mire à l’envers dans le golfe de Naples, comme un négatif.
Et nous voici à la dernière strophe.
Très soucieux des convenances, Tristan rend sa visite au Vésuve.
Il est certain que c’est le vrai, puisqu’il a payé cent francs pour venir !
Mais…
… Petit instant de réflexion pendant la ligne pointillée…
…………………………………………………………………..
L’original n’est pas très ressemblant, les copies étaient plus jolies !