Emily Dickinson (1830 – 1886)
Car l’adieu c’est la nuit (Gallimard)
He parts Himself — like Leaves —
And then — He closes up —
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup —
And then He runs against
And oversets a Rose —
And then does Nothing —
Then away opon a Jib — He goes —
And dangles like a Mote
Suspended in the Noon —
Uncertain — to return Below —
Or settle in the Moon —
What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance —
What come of Him — That Day —
The Frost — possess the World —
In Cabinets — be shown —
A Sepulchre of quaintest Floss —
An Abbey — a Cocoon —
Comme Feuilles — Il Se déplie —
Et puis — Il se referme —
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’or —
Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose —
Et puis il ne fait Rien —
Puis plus loin sur un Foc — Se pose —
Et balance, Grain de poussière
Dans Midi suspendu —
Entre — revenir Ici-bas —
Ou migrer vers la Lune —
De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit —
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire —
De Lui qu’adviendra-t-il — Le Jour —
Où le Gel — étreindra le Monde —
Des Vitrines — le montrent —
Un Sépulcre en curieuse Soie floche —
Une Abbaye — un Cocon —
Emily Dickinson (1830 – 1886), américaine, a écrit exactement 1789 poèmes, dont très peu ont été publiés de son vivant, dans des medias très confidentiels. Son œuvre entière, parfaitement classée, a été découverte après sa mort…
Le papillon dont il est question ici est une métaphore de l’homme. On le suit dans les étapes de sa vie, ponctuées par la répétition des « puis » (« then »), promené entre l’inaction (« il ne fait rien ») et les rêves de grandeur ou de transcendance (« migrer vers la lune »).
Mais on ne sait comment se termine son destin. C’est la permanente interrogation d’Emily Dickinson, vaguement athée, et qui s’interrogeait sur l’immortalité. C’est pourquoi les « vitrines » des entomologistes sont à la fois une tombe, une abbaye (lieu saint) et un « cocon » (lieu de transformation et de résurrection).