Pernette du Guillet (1520 – 1545)
Non que je veuille oster la liberté
A qui est né pour estre sur moi maistre ;
Non que je veuille abuser de fierté
Qui à luy humble et à tous devrois estre ;
Non que je veuille à dextre et à senestre
Le gouverner et faire à mon plaisir :
Mais je vouldrois pour noz deux cueurs repaistre
Que son vouloir fust joinct à mon desir.
Non que je veuille ôter la liberté
A qui est né pour être mon maître ;
Non que je veuille abuser de fierté
Moi qui devrais être humble envers lui et envers tous ;
Non que je veuille à droite et à gauche
Le gouverner et faire à mon plaisir :
Mais je voudrais pour satisfaire nos deux cœurs
Que sa volonté soit jointe à mon désir.
En ce début du XVIe siècle, au temps de la Pléiade, au tout début de la Renaissance française, l’heure n’est plus à l’amour courtois des trouvères. Les femmes aspirent à d’autres émotions…
Voici Pernette du Guillet, jeune bourgeoise de la brillante société intellectuelle lyonnaise…
Ici, dans la répétition « Non que je veuille », elle nous dit d’abord ce qu’elle ne veut pas : « ôter la liberté », « abuser », « gouverner », « faire à [son] plaisir ». Loin d’une quelconque volonté dominatrice, elle accepte le statut de la femme soumise : « à qui est né pour être sur moi maître », « qui à lui humble et à tous devrais être ». Mais on sent bien qu’elle se résigne plus qu’elle ne consent !
Pernette accepte les limites qu’elle n’ose pas, ne veut pas, ou ne peut pas franchir : c’est le sens des six premiers vers, qui ne constituent cependant qu’un prudent préambule.
Car le vrai message se trouve dans les deux derniers vers. Pour atteindre la plénitude amoureuse, la relation doit « les deux cœurs repaître » (= satisfaire).
Comment ?
Quel est le terme le plus utilisé dans ce poème ? C’est le verbe « vouloir ».
Mais quel est le dernier mot, celui qui emporte tout, celui vers lequel est tendu l’ensemble du poème ? C’est « désir ».
Pour Pernette, c’est évident : si l’homme « désirait », au lieu de « vouloir », ce serait tellement mieux !…