Fouad El Etr (1942 – …)
Comme une pieuvre que son encre efface (1977)
Il s’est posé sur mon regard
Comme un œil sur sa tige
Il plie ses ailes les déplie
Il se débat dans mes paupières
Et mes paupières se multiplient
Avec ses ailes
Il frotte ses pattes contre mes cils
Soudain mes yeux s’envolent
Fouad El Letr est un Français d’origine libanaise et égyptienne.
Son étrange écriture est simple : aucun adjectif (ou si peu), phrases dépouillées (sujet, verbe, complément, c’est tout), verbes toujours au présent lorsqu’il parle de la nature, (presque) toujours à l’imparfait lorsqu’il parle d’un être aimé. Et il est pourtant si difficile à comprendre…
Il est obnubilé par le regard et ce qui le constitue (œil, cils, paupières…), comme dans ce poème. Mais son regard est à la fois un messager, un vecteur, une cible, un lien. Ainsi, son œil est également l’ocelle dessiné sur l’aile du papillon : il s’identifie au papillon (« mes yeux s’envolent »). Cette fusion avec le monde observé ou ressenti, quel que soit le sujet (nature, ciel, rêve, amante…), est une constante de son œuvre.
Un univers où l’on se sent si bien !…