Guillevic – Nita

Eugène Guillevic (1907 – 1997)

Ce n’est pas sous les bois qu’on trouvera son corps,
Ni dans l’herbe et jamais la rosée ne saura
Ce que devient un corps si doux quand il est mort
Et qu’il parait dormir en éprouvant un peu
La patience de l’herbe.

Ce n’est pas sous les buis qu’on trouvera son corps,
Dans aucun bois, dans aucune ombre
Et, de toutes les terres, dans aucune.

C’est fumée
Qu’elle est devenue.

Je lui disais un jour, en ce temps de l’horreur
A réveiller les vieux couteaux,
Les vers d’Apollinaire :

« Comme la vie est lente
Et comme l’espérance est violente. »

Elle a souri alors comme elle souriait
En ce temps de l’horreur, elle a redit ces vers
Et m’a quitté plus forte, en ce temps de l’horreur
Où la mort l’attendait à chaque mètre des trottoirs.

C’est aujourd’hui qu’est mort Pétain
Dont la police l’arrêta voici huit ans.
Elle était juive.

23 juillet 1951

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