Robin – Le pays de mon père

Armand Robin (1912 – 1961)
Ma vie sans moi (1940)

Au village où ne cesse de s’étendre ma première ombre,
A l’heure où, chatouillées par les doigts roses de l’aurore,
L’église et sa voisine, la timide bijouterie des bruyères
Échangent un grand sourire mouillé de pourpre,
Un vieillard qui mâchonne une herbe jeune et fière
S’avance en grandissant sous la splendeur de l’éphémère
Et compte pour lui seul toutes les minutes où je l’oublie.
Oh, soyez-lui gentilles, très gentilles,
Prairies brillantes de tant d’offrandes d’oiseaux et de rosée !
Il cherche pour m’aimer un simple mot bien dit,
Qui soit presque une chose, un simple mot de plus
Que sa vie — et si clair que l’âme en reste obscure,
Quand il se perd au ciel comme un caillou très rude
Lancé par un berger trop loin de ses brebis…

Et le songe d’un lys empoussiéré s’allonge
Aux vitraux où des yeux d’anges moisis sommeillent.

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