Hégésippe Moreau (1810 – 1838)
« Que je suis bien sous mon ciel de cristal !
À me nourrir la terre est épuisée ;
À moi chaleur et lumière et rosée :
Certes, je suis un noble végétal ! »
Ainsi parlait maint cornichon sous verre :
Le jardinier passe, et, d’un ton sévère,
À ces vantards dit : « Taisez-vous, mes fils :
Un coup de vent peut briser votre cloche ;
Vous mûrissez, et le bocal approche ;
Encore un jour, et vous serez confits. »
Hélas ! hélas ! philosophe, astronome,
D’un ciel étroit coiffés, quand nous marchons,
Fiers et clamant : « L’homme est tout, gloire à l’homme !
Dieu tonne et dit : « Taisez-vous, cornichons ! »
Constamment habité par ses doutes et ses incertitudes, Hégésippe Moreau n’a jamais été vraiment croyant.
Octave Lacroix, journaliste et poète, regrettant qu’il fût irréligieux, l’excuse :
« Moreau n’était pas un impie : il était malheureux, et le malheur, quelquefois, éloigne de Dieu et fait douter. »
Sainte-Beuve rapporte ces propos de Louise Lebeau (que le poète appelait sa « sœur »), nous montrant au fond de son souvenir ce Moreau de seize ans, « de l’âme la plus délicate et la plus noble, d’une sensibilité exquise, ayant des larmes pour toutes les émotions pieuses et pures. »
Mais cela n’empêche pas d’être irrévérencieux…
… ni d’écrire une fable jardinière qui rappelle quelque peu, de La Fontaine, « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » !