(les ormes)
Anjela Duval (1905 – 1981)
Traoñ an dour

Trizek tilhenn stank-ha-stank
Stok-ha-stok war ar c’hleuz kras
Sonn o fenn en oabl glas
D’an amzer m’edon yaouank
Int ’oa dija bras
Trizek tilhenn en ur blokad
Boked glas-du
Divent. Ramzel.
War an dremmwel.
An tilh-mañ n’int ket va zra
Ar gwir am eus memestra
D’ober o diskar
Emaint o sunañ sev va douar
Gant o gwrizioù ken hir. Met ne rin.
Bez’ e rafent diouer din
Rak un darn int eus an daolenn vev-se
A ra stern va buhez
Bez’ e rafent diouer din.
Bez’ int va ograou,
ez int va zelenn,
Pa c’hoari enno an avel
E vil notenn disheñvel.
Pa goag ar vran
’N o skourroù noazh er goañv
Pa sut ’n o begoù du
Ar voualc’h beg melen,
Ha pa ziruilh eus o bar uhelañ
Beradoù strinkennek
An eostig noz.
Treize ormeaux côte à côte
Corps à corps ([1]) sur le tertre aride
Têtes fortes dans l’azur
Déjà grands
Au temps de mon enfance
Treize ormeaux en gerbe
Bouquet vert nuit
Immense. Géant.
Sur l’horizon.
Ces ormes ne sont pas ma chose
J’ai le droit pourtant
De les jeter à bas
Ils sucent la sève de ma terre
De leurs racines si longues. Mais je ne le ferai pas.
Ils me manqueraient
Car ils sont une part de ce tableau de vie
Le cadre de ma vie
Ils me manqueraient
Ils sont mes orgues,
Ils sont ma harpe,
Quand le vent joue en eux
En mille notes d’harmonie.
Quand croasse le corbeau
Dans leurs branches nues d’hiver
Quand siffle sur leurs flèches noires
Le merle à flèche d’or,
Et quand éclaboussent de leurs aiguilles
Les gouttelettes étincelantes
Du rossignol.
(10/10/65)
(traduction : Maurice Guéguen)
[1] Littéralement : « en rangs serrés, touche-touche » ; il fallait évidemment rendre le jeu de sonorité voulu par Anjela Duval.