Eugène Guillevic (1907 – 1997)
Inclus (1973)
Sera comblé
Celui pour qui l’espace
Ne sera pas dehors.
Ecoute en toi le merle
Comme il habite.
Regarde-toi par lui
T’étendre sur la plaine.

Lorsque paraît « Inclus », Guillevic est septuagénaire. Il se dit apaisé, tranquille, heureux du parcours effectué. Il est toujours passionné par ses rapports avec le monde sensible et par l’usage des mots. Mais l’angoisse a disparu qui l’a autrefois habité.
Ce recueil est une longue réflexion, inspirée par les paysages de la Beauce, sur la capacité de l’homme à établir une relation avec le gigantesque espace qui s’élève de la plaine. Guillevic y interroge le langage et les mots : par la poésie, ils sont la clef qui permet d’exprimer cette relation.
Et cette relation au monde est une relation d’intimité, de fusion : « l’espace » n’est pas « dehors ».
Le merle habite l’homme (vers 4 et 5), et l’homme habite le merle (vers 6 et 7). C’est cette étrange relation qui donne à l’homme une plénitude charnelle : il peut « s’étendre » sur la plaine.
Comme toujours chez Guillevic les mots sont simples et limpides. Et pourtant, ils construisent un univers enveloppant, rassurant, complexe. En quelques mots, l’espace est entré dans un corps, le merle et l’homme ne font plus qu’un, et ce n’est plus la plaine qui s’étend à l’infini, mais le poète.