Edmond Haraucourt (1856 – 1941)
« Seul » (1891)
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime.
Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu :
Partir, c’est mourir un peu…
Poète célèbre de son temps, Edmond Haraucourt est aujourd’hui oublié… sauf pour ce vers universellement connu : « Partir, c’est mourir un peu »…
Ce rondeau est de facture très classique : il ne comporte que deux seules rimes. Les deux premiers vers sont repris dans la deuxième strophe, et le poème commence et se termine sur le même vers, établissant comme une ronde, un retour sur lui-même.
Haraucourt accentue cet effet, en introduisant des répétitions supplémentaires : « adieu », « que l’on sème ». Les étapes de la vie apparaissent ainsi comme un perpétuel recommencement de départs, comme un « jeu » étrange où l’on abandonne à chaque adieu un lambeau de son âme, « un peu de soi-même »…
Lorrain d’origine, Edmond Haraucourt a toujours vécu à Paris et à l’île de Bréhat. Ses compatriotes de Haute-Marne veulent croire que le « rondel de l’adieu » a été écrit suite à son départ de sa terre natale. Ils ont peut-être raison…