Moreau – Sur la mort d’une cousine de sept ans

Hégésippe Moreau (1810 – 1838)


Hélas, si j’avais su lorsque ma voix qui prêche
T’ennuyait de leçons, que, sur toi rose et fraîche
Le noir oiseau des morts planait inaperçu,
Que la fièvre guettait sa proie, et que la porte
Où tu jouais hier te verrait passer morte…
Hélas, si j’avais su !…

Je t’aurais fait, enfant, l’existence bien douce,
Sous chacun de tes pas j’aurais mis de la mousse ;
Tes ris auraient sonné chacun de tes instants ;
Et j’aurais fait tenir dans ta petite vie
Un trésor de bonheur immense à faire envie
Aux heureux de cent ans.

Loin des bancs où pâlit l’enfance prisonnière,
Nous aurions fait tous deux l’école buissonnière.
Dans les bois pleins de chants, de parfum et d’amour ;
J’aurais vidé leurs nids pour emplir ta corbeille ;
Et je t’aurais donné plus de fleurs qu’une abeille
N’en peut voir en un jour.

Puis, quand le vieux Janvier, les épaules drapées
D’un long manteau de neige, et suivi de poupées,
De magots, de pantins, minuit sonnant accourt ;
Au milieu des cadeaux qui pleuvent pour étrenne,
Je t’aurais fait asseoir comme une jeune reine
Au milieu de sa cour.

Mais je ne savais pas… et je prêchais encore ;
Sûr de ton avenir, je le pressais d’éclore,
Quand tout à coup, pleurant un long espoir déçu,
De tes petites mains je vis tomber le livre ;
Tu cessas à la fois de m’entendre et de vivre…
Hélas ! si j’avais su !

Laisser un commentaire