Pizan – Virelai

Christine de Pizan (1364 – 1430)

Je chante par couverture
Mais mieulx plourassent my œil,
Ne nul ne scet le traveil
Que mon pouvre cuer endure.

Pour ce muce ma doulour,
Qu’en nul je ne voy pitie ;
Plus a l’en cause de plour
Mains treuve l’en d’amistie.

Pour ce plainte ne murmure
Ne fais de mon piteux dueil ;
Ainçois ris quand plourer vueil
Et sanz rime et sanz mesure,
Je chante par couverture.

Petit porte de valour
De soy monstrer dehaitie,
Ne le tiennent qu’a folour
Ceulz qui ont le cuer haitie.

Si n’ay de demonstrer cure
L’entencion de mon vueil ;
Ains, tout ainsi com je sueil,
Pour celer ma peine obscure,
Je chante par couverture.

Je chante par couverture (pour me cacher)
Mais mon œil préfèrerait pleurer,
Nul ne connait le tourment
Que mon pauvre cœur endure.

Je cache ma douleur,
Parce que je ne vois de pitié chez personne ;
Plus on a de raisons de pleurer
Moins on trouve d’amitié.

C’est pourquoi je ne montre ni plainte ni murmure
De mon piteux deuil ;
Au contraire, je ris quand je veux pleurer
Et sans rime et sans mesure,
Je chante par couverture.

Cela ne rapporte que peu de chose
De se montrer affligé,
Ils le considèrent comme une folie
Ceux qui restent enjoués.

Donc j’ai soin de ne pas montrer
Mes états d’âme ;
Mais selon mon habitude,
Pour cacher ma peine obscure,
Je chante par couverture.

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