Saint-John Perse – Palmes

Saint-John Perse (1887 – 1975)
Pour fêter une enfance (1910)

Palmes… !

Alors on te baignait dans l’eau-de-feuilles-vertes ; et l’eau encore était du soleil vert ; et les servantes de ta mère, grandes filles luisantes, remuaient leurs jambes chaudes près de toi qui tremblais…

(Je parle d’une haute condition, alors, entre les robes, au règne de tournantes clartés.) 

Palmes ! et la douceur

d’une vieillesse des racines… ! La terre

alors souhaita d’être plus sourde, et le ciel plus profond, où des arbres trop grands, las d’un obscur dessein, nouaient un pacte inextricable…

(J’ai fait ce songe, dans l’estime : un sûr séjour entre les toiles enthousiastes.)

Et les hautes

racines courbes célébraient

l’en allée des voies prodigieuses, l’invention des voûtes et des nefs,

et la lumière alors, en de plus purs exploits féconde, inaugurait le blanc  royaume où j’ai mené peut-être un corps sans ombre…

(Je parle d’une haute condition, jadis, entre des hommes et leurs filles, et qui mâchaient de telle feuille.)

Alors, les hommes avaient

une bouche plus grave, les femmes avaient des bras plus lents ;

alors, de se nourrir comme nous de racines, de grandes bêtes taciturnes s’ennoblissaient ;

et plus longues sur plus d’ombre se levaient les paupières…

(J’ai fait ce songe, il nous a consumés sans reliques.)

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