Sabine Sicaud (1913 – 1928)
Poèmes d’enfant (1928)

La main des dieux, tu peux refuser de la prendre,
La main du mendiant, tu peux aussi.
Toutes les mains qui frôleront la tienne, tu peux les oublier.
La main de ton ami, ferme les doigts sur elle, et serre-là, si fort que le sang de ton cœur y batte avec le sien au même rythme.
* * * * * * * *
(…)
* * * * * * * *
N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été,
Dans la paille des meules,
Dans le bois sec de ton armoire,
si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cœur du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid ce soir,
Ne nie pas le soleil.
* * * * * * * *
Ne parle pas d’absence, toi qui ne sais pas.
Mets seulement ta joue contre la mienne.
As-tu jamais interrogé la porte qui doit s’ouvrir pour le retour et désespéré ?…
As-tu jamais, au petit jour, songé qu’on pourrait
ne plus se revoir peut-être et imaginé ?…
Serre-moi plus fort.
Nos deux ombres séparées, que deviendraient-elles ?
* * * * * * * *
Tu te chaufferas au feu de paysan ?
Je me chaufferai au feu de paysan.
Tu auras de vieilles lampes à pétrole ?
Je les aurai.
Un jardin de curé ?
Un jardin de curé.
Et un pot de basilic ?
Et deux pots de basilic.
Et ta pitié pour moi et ta pitié pour moi.
* * * * * * * *
La chaise vide… Ah comment feras-tu
pour supporter cela ?
Et moi qui pars, comment ferai-je
pour supporter le reste ?
Sabine va mourir.
Elle le sait à présent.
Elle imagine un ami qu’elle appelle Vassili. C’est aussi un amoureux qu’elle ne serrera jamais dans ses bras.
Mais la mort est toujours absente. Sabine croit toujours à la « chanson du soleil ».
Et pourtant, la « chaise vide » ?