Valéry – Les grenades

Paul Valéry (1871 – 1945)Charmes (1922) Dures grenades entr’ouvertesCédant à l’excès de vos grains,Je crois voir des fronts souverainsÉclatés de leurs découvertes ! Si les soleils par vous subis,Ô grenades entre-bâillées,Vous ont fait d’orgueil travailléesCraquer les cloisons de rubis, Et que l’or sec de l’écorceÀ la demande d’une forceCrève en gemmes rouges de jus, CetteLire la suite « Valéry – Les grenades »

Tzara – Pour faire un poème dadaïste

Tristan Tzara (1896 – 1963)Sept manifestes dada (1924) Prenez un journal.Prenez des ciseaux.Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vouscomptez donner à votre poème.Découpez l’article.Découpez ensuite chacun des mots qui forment cet article etmettez-le dans un sac.Agitez doucement.Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté leLire la suite « Tzara – Pour faire un poème dadaïste »

Tardieu – Oradour

Jean Tardieu (1903 – 1995)Les Dieux étouffés (1944) Oradour n’a plus de femmesOradour n’a plus un hommeOradour n’a plus de feuillesOradour n’a plus de pierresOradour n’a plus d’égliseOradour n’a plus d’enfants Plus de fumée plus de riresPlus de toits plus de greniersPlus de meules plus d’amourPlus de vin plus de chansons. Oradour, j’ai peur d’entendreOradour,Lire la suite « Tardieu – Oradour »

Saint-John Perse – Chronique 8

Saint-John Perse (1887 – 1975)Chronique (1960) « … Grand âge, nous voici — et nos pas d’hommes vers l’issue. C’est assez d’engranger, il est temps d’éventer et d’honorer notre aire. « Demain, les grands orages maraudeurs, et l’éclair au travail… Le caducée du ciel descend marquer la terre de son chiffre. L’alliance est fondée. « Ah ! qu’une éliteLire la suite « Saint-John Perse – Chronique 8 »

Rousselot – Le pain se fait la nuit

Jean Rousselot (1913 – 2004)Il n’y a pas d’exil (1954) A Jean Bouhier. La nuit, dans des faubourgs délayés par la pluie,J’ai marché sur l’asphalte avec des inconnusQui tenaient bon, qui se taisaientQui m’acceptaient tel que je suis. Le jour venu j’ai vu des hommes, par milliers,Sans mot dire, comme des plantes,Recouvrir la marelle inerteLire la suite « Rousselot – Le pain se fait la nuit »

Roubaud – Dans cet arbre

Jacques Roubaud (1932 – 2024)Quelque chose noir (1986) Descends et dors           dans cet arbre, dans cet arbre. Repousse la terre           dans cet arbre, dans cet arbre. Ecope la terre           dans cet arbre, dans cet arbre. Désinvente le noir           dans cet arbre, dans cet arbre. Reconstruis des jambes           dans cet arbre, dans cet arbre. Décline lesLire la suite « Roubaud – Dans cet arbre »

Ronsard – Si c’est aimer, Madame

Pierre de Ronsard (1524-1585)Sonnets pour Hélène Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuictResver, songer, penser le moyen de vous plaire,Oublier toute chose, et ne vouloir rien faireQu’adorer et servir la beauté qui me nuit ; Si c’est aimer de suivre un bon-heur qui me fuit,De me perdre moy-mesme, et d’estre solitaire,Souffrir beaucoup deLire la suite « Ronsard – Si c’est aimer, Madame »

Rollinat – Villanelle du ver de terre

Maurice Rollinat (1846 – 1906)Les névroses (1883) Le malheureux ver de terreVit sans yeux, sans dents, tout nu,Dans l’horreur et le mystère. Tortueux comme une artère,C’est un serpent mal venu,Le malheureux ver de terre. Jardinet de presbytère,Et vieux parc entretenuDans l’horreur et le mystère Tentent par leur ombre austèreEt leur calme continuLe malheureux ver deLire la suite « Rollinat – Villanelle du ver de terre »

Robin – Le pays de mon père

Armand Robin (1912 – 1961)Ma vie sans moi (1940) Au village où ne cesse de s’étendre ma première ombre,A l’heure où, chatouillées par les doigts roses de l’aurore,L’église et sa voisine, la timide bijouterie des bruyèresÉchangent un grand sourire mouillé de pourpre,Un vieillard qui mâchonne une herbe jeune et fièreS’avance en grandissant sous la splendeurLire la suite « Robin – Le pays de mon père »

Queneau – Le chant du styrène

Raymond Queneau (1903 – 1976) Ô temps, suspends ton bol, ô matière plastique D’où viens-tu ? Qui es-tu ? et qu’est-ce qui explique Tes rares qualités ? De quoi donc es-tu fait ? D’où donc es-tu parti ? Remontons de l’objet A ses aïeux lointains ! Qu’à l’envers se déroule Son histoire exemplaire. En premier lieu, le moule. Incluant la matrice,Lire la suite « Queneau – Le chant du styrène »