Desnos – La digitale

Robert Desnos (1900-1945)
Chantefables

La digitale au clair matin
Dit-il, dis-tu, dis-je ?
La digitale au clair matin
Dresse sur sa tige
Des grappes de fleurs cramoisies,
Dit-il, dis-tu, dis-je ?
Dis-je bien ; ainsi ?
Dis-je ?



« Chantefleurs et chantefables » est un recueil où les instituteurs puisent des récitations pour les enfants. « La digitale » n’est pas la plus fréquemment retenue…

Regardons de plus près.

Voici ce que dit le dictionnaire à propos de la digitale :

digitale, n.f. (lat.digitus : doigt)1.Grande herbe vivace de couleur violette dont la forte hampe florale est en doigts de gant. 2. Empreintes digitales : traces laissées par la pulpe des doigts, propres à chaque individu, permettant une identification précise.3.med. Digitaline, extrait des graines de la digitale : poison musculaire occasionnant rapidement la mort par arrêt des mouvements du cœur. 4. resist. En capsules de verre que l’on écrase dans la bouche en cas d’interrogatoire. 


Les Résistants l’utilisaient comme le cyanure pour se suicider, et ne pas parler sous la torture. Robert Desnos, héros de la Résistance, connaissait certainement ce poison.

Car la digitale « au clair matin » vient de subir une nuit de torture. Elle porte des « grappes de fleurs cramoisies », cramoisies comme un visage frappé, frappé et encore frappé pendant des heures…

Et le prisonnier s’interroge, abruti de coups, il ne sait plus où il en est : dis-je, dis-je bien, ai-je parlé, ai-je trahi ?

Theodor Adorno (un philosophe) a écrit : « Ecrire un poème après Auschwitz est barbare ». Non ! Il faut écrire des poèmes sur Auschwitz, sur la mauvaiseté des hommes et sur la bonté des hommes !

En 1943, malgré la censure, Desnos a su écrire sur la torture, et il a bien fait. C’est dans notre mémoire.

Et c’est dans les récitations des enfants.

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