Desnos – La fourmi

Robert Desnos (1900-1945)
Chantefables

Une fourmi de dix-huit mètres
avec un chapeau sur la tête
ça n’existe pas, ça n’existe pas
Une fourmi traînant un char
plein de pingouins et de canards
ça n’existe pas, ça n’existe pas
Une fourmi parlant français
parlant latin et javanais
ça n’existe pas, ça n’existe pas
eh ! et pourquoi pas ?


Dans l’œuvre de Desnos, « La fourmi » est l’une des poésies préférées. Bien entendu, elle est tellement drôle… Drôle ?

Robert Desnos est un héros de la Résistance. Il a été arrêté en février 1944, déporté à Buchenwald (près de Weimar, patrie de Goethe) puis à Terezin (Tchécoslovaquie), où il est mort du typhus, quelques jours après la libération du camp par les Soviétiques. 

En 1943, sans doute bien informé par son réseau, il s’interroge… et il écrit ses doutes.

Les locomotives qui tractaient les trains de déportés avaient une longueur de dix-huit mètres, et une grosse fumée-chapeau sur la tête.

Les chars pleins de pingouins et de canards, ces animaux malhabiles sur terre, comme le seraient quelques milliers de malheureux charroyés vers les camps, ces chars, ce sont les wagons de marchandises des convois de déportés.

La fourmi parle français (comme la police de Pétain), javanais (comme les Allemands, dont on ne comprend pas le langage), latin (comme la langue de l’empire romain, la langue de la domination).

Tout le monde s’interroge en 1943. Que sont ces convois ? Où emmène-t-on les Juifs ? Et les autres ? Ça existe ? Ça n’existe pas ? Eh ! Pourquoi pas ?

Eh oui, ça existait, Robert avait bien raison de s’interroger, et il est parti, lui aussi, dans un char plein de pingouins.

Pensons-y souvent, et laissons les petits enfants réciter d’amusants poèmes…

Entrée du camp de concentration de Terezin, où périt Robert Desnos

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