Maurice Carême (1899 – 1978)
Mère (1935)
Tu suspendais
Mon berceau aux étoiles
Et tu chantais
Une vieille chanson.
Et aussitôt, accourant à ta voix,
Les fleurs des champs, les fleurs des bois
Nouaient avec des fils de lune
Un rêve à chacun de mes doigts.
Et aussitôt, accourant à ta chanson,
Les merles, les bouvreuils, les pinsons
Faisaient pleuvoir sur mes paupières
Toutes les fables des clairières.
Et tandis que tu me berçais,
Mon ange repliait ses ailes
Puis, las d’avoir veillé sur moi,
S’endormait au creux de mes bras.
Le monsieur qui écrit ces vers est âgé de trente ans.
Ce qu’il décrit ici n’a jamais existé.
Ni un « berceau suspendu aux étoiles », ni les fleurs ni les oiseaux accourant à l’appel de la maman, ni les « fils de lune », ni les rêves noués aux doigts, ni les pluies de fables.
Pourtant tout a existé.
Ce petit bébé regarde ses doigts bouger dans la lumière de la lune, puis il ferme des paupières lourdes et piquantes comme sous les gouttes d’eau.
Et la maman chante, chante…
Le bébé s’endort, même l’ange gardien s’endort : même le Bon Dieu a lâché l’affaire !
La maman veille encore. Une maman veille toujours…