Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859)
Poésies inédites (1860)
J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.
Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;
La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.
Ce petit poème passe pour l’un des plus touchants de la langue française. Mais ce n’est pas le plus simple !…
Une lecture sensuelle, voire érotique semble possible : les nœuds qui éclatent, la vague rouge, l’appel final à sentir le parfum amoureux… Faut-il penser à une virginité perdue ?
Ou s’agit-il, plus probablement, de la mélancolie due à une rupture ? On dit que Marceline exalterait dans ce poème un amour secret pour un homme dont elle n’aurait jamais dévoilé l’existence…
Qui donc a écrit ces strophes : une jeune femme enflammée, qui offre ce qu’elle a de plus sacré, ou la poétesse âgée revenue de tous ses malheurs ?
Le titre, cependant, nous saisit : Saadi est un poète persan du moyen-âge, adepte d’une méditation spirituelle. Pour Saadi, l’intimité amoureuse est un chemin vers la pureté de l’âme.
Le poème de Marceline serait alors une sorte de dialogue entre amour chaste et désir physique, celui-ci se transcendant dans une spiritualité renouvelée.
Saadi, dans la préface du « Jardin des Roses » nous donne une autre clef :
« Il n’y a pas de permanence dans les fleurs, ce qui ne dure pas ne mérite pas la dévotion. (…) Je vais composer un livre, le « Jardin des Roses », qui, lui, ne périra pas.
Emporte une rose du jardin
Elle durera quelques jours,
Emporte un pétale de mon jardin de Roses.
Il durera l’Eternité. »
Les vraies roses s’évanouissent (écoutez Ronsard !). Seules subsistent chez Marceline les roses du souvenir, et chez Saadi le pétale éternel de la sagesse…
Tout ça est un peu compliqué. Laissons-nous simplement porter par la musique des alexandrins de Marceline. Même si nous ne comprenons pas tout, nous en ferons une pensée pour la personne que nous aimons plus que tout au monde…