Maurice Carême (1899 – 1978)
Mère (1935)
Ainsi, j’étais au fond de toi
Comme un peu d’eau tremblante
Dans un vase pur.
Ainsi tes yeux voyaient pour moi,
Ainsi tes pieds marchaient pour moi,
Ainsi ta chair souffrait pour moi,
Ainsi tes pauvres mains,
Lasses d’avoir lutté pour moi,
C’est sur moi que tu les croisais,
Ainsi ton cœur battait pour moi
Et c’est avec ton sang
Que tu faisais mon cœur.
Ma mère,
Tu es bénie
Entre toutes les femmes.
Maurice Carême adorait sa mère : il lui a consacré un recueil entier…
C’est ici une révélation, comme l’indique l’anaphore « ainsi » : l’homme adulte s’émerveille en prenant conscience de ce que signifie la maternité.
La mère est protectrice d’une vie fragile (« au fond de toi », « eau tremblante »). Elle est conscience (« tes yeux voyaient », « tes pieds marchaient », « ton cœur battait »). Elle est souffrance (« ta chair souffrait », « tes pauvres mains, lasses d’avoir lutté »). Elle donne, non seulement la vie (« ton cœur battait ») mais l’âme à son enfant (« tu faisais mon cœur »). Elle ne vit que pour son bébé (« pour moi », quatre fois).
La pureté de cet amour, déjà évoquée en introduction (« vase pur ») conduit Maurice le catholique au rapprochement avec la Vierge Marie : les deux derniers vers du poème reprennent les mots de l’archange Gabriel lors de l’annonciation, et soulignent la dévotion du poète pour les deux femmes…