Césaire – Mot

Aimé Césaire (1913 – 2008)Corps perdu (1950) Parmi moide moi-mêmeà moi-mêmehors toute constellationen mes mains serré seulement le rare hoquet d’un ultime spasme délirantvibre mot j’aurai chance hors du labyrintheplus long plus large vibreen ondes de plus en plus serréesen lasso où me prendreen corde où me pendreet que me clouent toutes les flècheset leur curareLire la suite « Césaire – Mot »

Césaire – Perdition

Aimé Césaire (1913 – 2008)Les armes miraculeuses (1946) nous frapperons l’air neuf de nos têtes cuirasséesnous frapperons le soleil de nos paumes grandes ouvertesnous frapperons le sol du pied nu de nos voixles fleurs mâles dormiront aux criques des miroirset l’armure même des trilobitess’abaissera dans le demi-jour de toujourssur des gorges tendres gonflées de minesLire la suite « Césaire – Perdition »

Senghor – Tirailleurs sénégalais

Léopold Sédar Senghor (1906 – 2001)Hosties noires (1948) Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mortQui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux générauxJe ne laisserai pas — non ! —Lire la suite « Senghor – Tirailleurs sénégalais »

Senghor – Nuit de Sine

Léopold Sédar Senghor (1906 – 2001)Chants d’ombre (1945) Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturneA peine. Pas même la chanson de nourrice.Qu’il nous berce, le silence rythmé.Ecoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutonsBattre le pouls profondLire la suite « Senghor – Nuit de Sine »

Genet – Sur mon cou

Jean Genet (1910 – 1986)Le condamné à mort (1942) Sur mon cou sans armure et sans haine, mon couQue ma main plus légère et grave qu’une veuveEffleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,Laisse tes dents poser leur sourire de loup. Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,Arrive dans mes yeuxLire la suite « Genet – Sur mon cou »

Anouilh – La cigale

Jean Anouilh (1910 -1987)Fables (1962) La cigale ayant chanté Tout l’été, Dans maints casinos, maintes boîtes Se trouva fort bien pourvue Quand la bise fut venue. Elle en avait à gauche, elle en avait à droite, Dans plusieurs établissements. Restait à assurer un fécond placement. Elle alla trouver un renard, Spécialisé dans les prêts hypothécaires Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard, Tout enfantineLire la suite « Anouilh – La cigale »

Tardieu – La môme Néant

Jean Tardieu (1903 – 1995) Quoi qu’a dit ?– A dit rin. Quoi qu’a fait ?– A fait rin. A quoi qu’a pense ?– A pense à rin. Pourquoi qu’a dit rin ?Pourquoi qu’a fait rin ?Pourquoi qu’a pense à rin ? – A’ xiste pas. Jean Tardieu est un poète inclassable. En perpétuelle expérimentation,Lire la suite « Tardieu – La môme Néant »

Hikmet – La plus belle des mers

Nazim Hikmet (1901 – 1963) La plus belle des mersest celle où l’on n’est pas encore alléLe plus beau des enfantsn’a pas encore grandiLes plus beaux de nos jourson ne les a pas encore vécusEt ce que moi je voudrais te dire de plus beauje ne l’ai pas encore dit… Turc, poète, militant communiste : NazimLire la suite « Hikmet – La plus belle des mers »

Prévert – Pour faire le portrait d’un oiseau

Jacques Prévert (1900-1977)Paroles (1946) Peindre d’abord une cageavec une porte ouvertepeindre ensuitequelque chose de joliquelque chose de simplequelque chose de beauquelque chose d’utilepour l’oiseauplacer ensuite la toile contre un arbredans un jardindans un boisou dans une forêtse cacher derrière l’arbresans rien diresans bouger…Parfois l’oiseau arrive vitemais il peut aussi bien mettre de longues annéesavant deLire la suite « Prévert – Pour faire le portrait d’un oiseau »

Prévert – Barbara

Jacques Prévert (1900-1977)Paroles (1946) Rappelle-toi BarbaraIl pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-làEt tu marchais sourianteÉpanouie ravie ruisselanteSous la pluieRappelle-toi BarbaraIl pleuvait sans cesse sur BrestEt je t’ai croisée rue de SiamTu souriaisEt moi je souriais de mêmeRappelle-toi BarbaraToi que je ne connaissais pasToi qui ne me connaissais pasRappelle-toiRappelle-toi quand même ce jour-làN’oublie pasUn hommeLire la suite « Prévert – Barbara »